En 2017, Omar Sow enterre son père et hérite, la même semaine, du groupe CSE — l'un des plus gros noms du BTP sénégalais. Ce qu'on lui tend n'est pas un trésor de guerre, c'est un dossier de contentieux : des sociétés cousues de dettes, des arriérés qui s'empilent comme des factures qu'on n'ose plus ouvrir, une trésorerie à l'os.
C'est une scène que les success stories africaines racontent mal, ou pas du tout : la transmission n'est presque jamais un cadeau liquide. C'est un mandat, et les mandats ne se refusent pas.
Bien avant la mort de son père, Omar Sow avait déjà grandi avec une injonction silencieuse : celle du fils aîné, cette place qu'on n'a pas choisie mais qu'on occupe comme une discipline. Le décès la transforme en fonction : diriger un groupe en crise, sans stage, sans marge d'erreur, sans droit à l'apprentissage sur le tas.
L'héritage réel, dans ces cas-là, ne se lit pas dans les discours de succession — il se lit dans les livres de comptes. Des sociétés à restructurer. Des dettes à renégocier ligne par ligne. Des salaires à sanctuariser en priorité, parce que c'est là, et nulle part ailleurs, que se joue la survie d'un groupe industriel. Un repli hors des pays trop instables, le temps de stabiliser le cœur du métier. Puis, lentement, un retour à la croissance — bâti brique après brique, jamais hérité d'un bloc.
Ce redressement n'a rien du roman entrepreneurial. Pas de coup de génie, pas de produit miracle. Une méthode, plutôt : tenir ce qui doit tenir — les salaires, la confiance — couper ce qui menace, et rebâtir la capacité de financement centimètre par centimètre.
La leçon dépasse le cas CSE : la succession familiale, dans un groupe industriel, n'est pas un événement patrimonial. C'est un mandat de gestion de crise, où l'on hérite du risque avant d'hériter du contrôle. Ce qui sépare les groupes qui traversent cette épreuve de ceux qui s'effondrent, ce n'est jamais la taille du patrimoine transmis — c'est la capacité de l'héritier à traiter l'entreprise comme une dette à honorer, pas comme une rente à encaisser. C'est la même question, au fond, que pose la gestion de l'argent public : hérite-t-on d'un actif, ou d'une responsabilité ?

