Elle rentre au Sénégal avec deux masters et un MBA de Sciences Po. Son père l'envoie dans un élevage de poulets.

Elle s'appelle Anta Babacar Ngom. L'entreprise, c'est Sedima, l'affaire familiale avicole que son père, Babacar Ngom, a bâtie en 1976 avec 14 dollars et 120 poussins — l'équivalent, à l'époque, de presque rien.

Elle revient tout juste du Canada et de la France, certaine qu'un bureau climatisé l'attend. Son père l'envoie sur le terrain, apprendre le métier depuis la base, parmi les cages et la poussière : "J'étais vraiment convaincue que j'allais avoir un poste de bureau", racontera-t-elle plus tard. "J'avais un MBA, un master, je connaissais l'entreprise, j'étais née dedans. Que pouvait-il demander de plus ?"

Un an sur le terrain, puis son premier poste de management. En 2016, à 30 ans, elle devient directrice générale.

Sous sa direction, Sedima devient le premier producteur avicole d'Afrique de l'Ouest, exploite la plus grande usine de transformation de volaille de la région, fait vivre plusieurs centaines de salariés directs et des dizaines de milliers de personnes via sa chaîne d'approvisionnement. Elle pousse l'entreprise au-delà des frontières, vers le Mali et la RDC. En 2019, elle introduit KFC au Sénégal, dont le restaurant d'ouverture est tenu entièrement par des femmes — un symbole qu'elle a choisi, pas subi.

En janvier 2026, un différend foncier s'éternise entre Sedima et des riverains près de Mbour. Son père tranche à contre-courant : il renonce volontairement à un titre de 80 hectares au profit de l'État, alors même que l'entreprise avait gagné le procès. La paix sociale plutôt qu'un droit acquis — la même discipline, transmise, que celle qui l'avait fait construire l'entreprise poussin par poussin.

En 2024, Anta Babacar Ngom devient la seule femme parmi les six candidats à la présidentielle sénégalaise — la première candidature féminine du pays depuis plus d'une décennie. Elle siège aujourd'hui à l'Assemblée nationale, dans les commissions des finances et des lois — la même question d'argent public que pose, à une tout autre échelle, le budget des JOJ26.

Elle n'a pas remporté la présidentielle. Mais elle a prouvé qu'on pouvait partir d'un élevage de poulets et finir sur un bulletin de vote national. Reste à savoir ce qu'en fera la prochaine génération de bâtisseuses sénégalaises.